By Marc on Tuesday, 06 February 2018
Category: Blog Nexidée

Un virage très serré

L’accord entre le syndicat des métallos (IG Metall) et la fédération patronale de la métallurgie pour le Sud-Ouest de l’Allemagne (Südwestmetall) prévoit une augmentation des salaires de 4,3% et une flexibilisation des horaires de travail à l’intérieur d’une plage de 28 à 40 heures hebdomadaires pour un temps plein. L’accord conclu pour la période 2018 - 2020 prévoit également le paiement de diverses primes en argent ou en temps libre, au choix du salarié. Par cet accord, les négociateurs ont évité un conflit du travail qui s’annonçait vigoureux et très long.

Cela représente un beau pari ! A ce stade, personne ne peut prédire le nombre de salariés qui feront usage de leur droit de passer temporairement à 28 heures en raison d’une situation familiale exigeante (parents âgés, jeunes enfants, maladie du conjoint, etc.) ni la proportion d’ouvriers souhaitant la réduction ou au contraire l’augmentation durable de leurs horaires hebdomadaires de travail. Cela ne sera possible qu’avec des horaires individualisés dans des plages très étendues. Le défi pour les RH est peut-être plus grand que pour les ingénieurs…

La 4ème révolution industrielle permet cette flexibilisation. La fin du travail posté, la fin des chaînes de fabrication et la généralisation des usines utilisant les dernières innovations numériques sont la condition d’une mise en œuvre réussie de l’accord. Mais cet état de l’art de l’organisation de la production industrielle ne touche pas encore toutes les usines et il faudra à présent avancer vite sur la voie de la généralisation des concepts du plan Industrie 4.0 pour que les postes de travail fonctionnent de façon coordonnée mais asynchrone.

Le transport robotisé des encours de production vers les postes de travail en fonction de la disponibilité et des compétences des opérateurs présents tout comme le respect des priorités de production en tenant compte des stocks de pièces deviennent des nécessités. De même, les robots assistants rejoignant automatiquement l’opérateur pour les tâches qu’il ne peut pas assurer seules (ex : levage de pièces lourdes ou de paniers de pièces) devront être généralisés. Cela implique également que la conception des produits rende possible une fabrication selon un ordre très souple et actualisé plusieurs fois au cours du processus de production.

L’accord, s’il est généralisé aux autres régions du pays, redonnera au secteur de la métallurgie, en manque criant de main d’œuvre qualifiée, une attractivité qu’il a perdu en raison de l’érosion des salaires et d’une organisation du travail encore très rigide. Le syndicat IG Metall a compris la grande variété des aspirations de ses membres et a pris la tête d'un courant recherchant la substitution des modèles collectifs par des modèles singularisés. Dans un paysage syndical de plus en plus atomisé, cela renforce la position de cette organisation historique en vue des élections professionnelles de mars.

Employeurs et syndicats du Bade-Wurtemberg prennent ensemble le pari d’une modernisation exceptionnelle de l’outil et des relations de travail. C’est l’audace d’une région et d’un secteur qui veulent absolument conserver leur place de champion mondial de l’industrie à haute valeur ajoutée. Il reste à voir si les pouvoirs publics accompagneront la mutation du monde du travail, en particulier par l’adaptation des transports collectifs et du système de garde d’enfant aux nouveaux rythmes des salariés.

[6 février 2018]